# Taux d’endettement : seuils à respecter pour obtenir un financement

L’accès au crédit immobilier repose sur un équilibre délicat entre votre capacité de remboursement et les exigences réglementaires imposées aux établissements bancaires. Au cœur de cette évaluation se trouve le taux d’endettement, un indicateur qui détermine la part de vos revenus consacrée au remboursement de vos dettes. Depuis janvier 2021, le Haut Conseil de Stabilité Financière a fixé ce seuil à 35% maximum, transformant une simple recommandation en règle contraignante pour les banques. Cette limitation vise à protéger les emprunteurs contre le surendettement tout en sécurisant le système bancaire français. Pourtant, cette règle n’est pas absolue : des dérogations existent pour certains profils, et comprendre ces nuances peut faire la différence entre un refus de financement et la concrétisation de votre projet immobilier.

Calcul du taux d’endettement : formule et méthodologie bancaire

Le calcul du taux d’endettement repose sur une formule simple en apparence, mais dont l’application concrète révèle de nombreuses subtilités. La formule de base s’exprime ainsi : (charges mensuelles / revenus nets mensuels) × 100. Cette équation permet d’obtenir un pourcentage qui représente la part de vos ressources allouée aux remboursements de crédits. Cependant, la définition précise des éléments inclus dans le numérateur et le dénominateur varie sensiblement d’un établissement bancaire à l’autre, créant des disparités dans l’évaluation des dossiers.

Ratio revenus nets versus charges mensuelles récurrentes

Les revenus pris en compte dans le calcul incluent principalement les salaires nets après prélèvement à la source, les revenus professionnels non salariés pour les indépendants, et les pensions de retraite. Les primes contractuelles comme le treizième mois sont généralement intégrées au prorata mensuel. En revanche, les primes exceptionnelles et les indemnités de remboursement de frais professionnels sont systématiquement exclues du calcul. Les banques considèrent que seuls les revenus réguliers et pérennes peuvent servir de base fiable pour évaluer votre capacité de remboursement.

Du côté des charges, les établissements prêteurs comptabilisent toutes les mensualités de crédits en cours : prêts immobiliers existants, crédits à la consommation, prêts automobiles, et même les crédits renouvelables. Les pensions alimentaires versées sont également intégrées aux charges récurrentes. Certaines banques déduisent les allocations logement du montant du loyer actuel, tandis que d’autres les ajoutent aux revenus. Cette variabilité méthodologique explique pourquoi un même dossier peut recevoir des évaluations différentes selon l’établissement sollicité.

Prise en compte des crédits en cours et engagements financiers

Les crédits en cours constituent l’élément le plus évident des charges mensuelles. Toutefois, leur traitement diffère selon leur nature. Un crédit à la consommation avec une mensualité de 200€ sera comptabilisé à 100%, tandis qu’un crédit immobilier locatif peut faire l’objet d’un traitement particulier. Les banques appliquent fréquemment un coefficient de minoration sur les revenus locatifs, généralement de 30%, pour tenir compte des risques de vacance et d’impayés. Ainsi, si vous percevez 800€ de loyers mensuels, seuls 560€ seront considérés comme revenus effect

ifs.

Les engagements hors bilan, comme certaines garanties ou cautions, peuvent aussi être examinés. Par exemple, si vous vous êtes porté caution pour le prêt d’un proche, la banque pourra en tenir compte dans son analyse de risque, même si aucune mensualité ne vous est actuellement prélevée. Enfin, les découverts autorisés régulièrement utilisés ou les crédits renouvelables « dormants » mais disponibles peuvent susciter des questions : mieux vaut les résilier ou les solder avant de déposer votre demande de financement immobilier.

Traitement des revenus variables et complémentaires

Les revenus variables (commissions, primes sur objectifs, heures supplémentaires) sont traités avec prudence par les banques. La plupart des établissements retiennent une moyenne sur 6 à 36 mois, selon la stabilité observée et l’ancienneté dans le poste. Si vos commissions fluctuent fortement d’un mois à l’autre, la banque appliquera souvent une décote, voire les exclura partiellement du calcul du taux d’endettement pour ne pas surestimer votre capacité de remboursement.

Les revenus complémentaires, comme les pensions alimentaires reçues, les rentes, ou certains avantages en nature monétisables, peuvent également être intégrés. Les aides au logement et allocations familiales sont plus rarement prises à 100% : elles servent davantage à affiner le calcul du reste à vivre qu’à augmenter la capacité de remboursement. Quant aux revenus locatifs, ils font presque toujours l’objet d’un abattement (généralement 30%) avant d’être ajoutés à vos revenus nets, afin de tenir compte des charges, de la fiscalité et des périodes de vacance locative.

Différences de calcul entre banques traditionnelles et organismes de crédit

Si la formule de base du taux d’endettement est identique, sa mise en œuvre peut varier sensiblement entre une banque traditionnelle et un organisme de crédit spécialisé. Les banques de réseau, soumises de près aux recommandations du HCSF, appliquent en général des critères plus stricts sur les revenus pris en compte et la stabilité professionnelle, mais valorisent davantage la relation globale (épargne, ancienneté, domiciliation des revenus). Elles peuvent ainsi accepter un léger dépassement du taux d’endettement si votre profil global est jugé très solide.

Les organismes de crédit, notamment ceux orientés vers le crédit à la consommation ou le regroupement de prêts, adoptent parfois une approche plus commerciale mais avec des taux d’intérêt plus élevés. Ils peuvent proposer des montages permettant de réduire artificiellement le taux d’endettement (allongement massif de durée, regroupement multi-crédits), ce qui améliore la lisibilité budgétaire mais renchérit le coût total du crédit. D’où l’importance, pour vous, de ne pas vous limiter à comparer le pourcentage d’endettement, mais bien de regarder le reste à vivre, la durée totale et le coût global du financement.

Seuil de 35% : règle HCSF et dérogations applicables

Recommandations du haut conseil de stabilité financière depuis janvier 2021

Depuis janvier 2021, le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) a fixé le taux d’endettement maximum recommandé à 35% assurance emprunteur incluse, contre 33% auparavant. Cette règle, devenue juridiquement contraignante fin 2021, encadre l’octroi des crédits immobiliers afin de limiter le surendettement des ménages et de préserver la stabilité du système bancaire. Concrètement, cela signifie que, pour un revenu net mensuel de 3 000€, l’ensemble de vos mensualités de crédit (immobilier + consommation) ne devrait pas dépasser 1 050€.

Cette limitation s’accompagne d’une autre contrainte : la durée maximale d’un prêt immobilier « classique » est fixée à 25 ans, pouvant aller jusqu’à 27 ans pour l’achat de logements neufs avec une phase de différé (VEFA ou construction). Le HCSF a renforcé cette discipline après plusieurs années de baisse des taux, durant lesquelles certains ménages s’étaient endettés sur des durées très longues avec des taux d’endettement élevés. Dans un contexte de remontée des taux depuis 2022, cette règle des 35% pèse encore davantage sur la capacité d’emprunt des ménages.

Marge de flexibilité de 20% accordée aux établissements prêteurs

Le HCSF, conscient qu’une règle trop rigide pourrait bloquer injustement certains dossiers solides, a prévu une marge de manœuvre. Chaque trimestre, les banques peuvent déroger à la limite de 35% pour jusqu’à 20% de leur production de nouveaux crédits immobiliers. Cette « poche de flexibilité » n’est toutefois pas utilisable librement : au moins 80% de ces dérogations doivent concerner l’achat de résidences principales, et 30% des dossiers dérogatoires doivent bénéficier à des primo-accédants.

En pratique, cela signifie qu’environ 1 crédit sur 5 peut être accordé avec un taux d’endettement supérieur à 35%, mais uniquement si le reste à vivre, le profil professionnel et le patrimoine de l’emprunteur le justifient. Les banques arbitrent finement l’utilisation de cette enveloppe : elles la réservent généralement aux dossiers jugés stratégiques (bons profils à forte épargne, clients à haut potentiel, demande de domiciliation de revenus et d’épargne). Si votre dossier est « borderline », le fait de passer par un courtier ou de présenter un projet très lisible peut donc faire la différence.

Profils éligibles aux dérogations : primo-accédants et hauts revenus

Qui peut concrètement espérer dépasser les 35% de taux d’endettement sans voir son dossier rejeté d’office ? Deux grandes catégories d’emprunteurs ressortent de la pratique bancaire : les primo-accédants et les ménages à hauts revenus. Pour les premiers, la logique est simple : ils supportent souvent aujourd’hui un loyer équivalent, voire supérieur, à la future mensualité de crédit. Si le « saut de charge » est limité ou négatif, la banque peut considérer que le risque est maîtrisé, même avec un taux d’effort légèrement supérieur à 35%.

Les hauts revenus, quant à eux, disposent d’un reste à vivre important, même avec un taux d’endettement de 38 ou 40%. Un foyer gagnant 8 000€ nets par mois et remboursant 3 000€ de crédits conserve 5 000€ de budget mensuel pour vivre, ce qui reste très confortable. Les professions à forte employabilité (médecins, cadres dirigeants, fonctionnaires de catégorie A, ingénieurs dans des secteurs porteurs) entrent souvent dans ces profils éligibles, surtout lorsqu’elles s’accompagnent d’un apport conséquent et d’une bonne gestion des comptes.

Taux d’usure et son interaction avec le taux d’endettement maximum

Le taux d’endettement ne doit pas être confondu avec le taux d’usure, même si ces deux notions se rencontrent souvent lors du montage d’un crédit immobilier. Le taux d’usure correspond au taux annuel effectif global (TAEG) maximal auquel une banque peut prêter, fixé chaque mois par la Banque de France. Il englobe le taux nominal, les frais de dossier, les garanties et le coût de l’assurance emprunteur. Lors des fortes hausses de taux entre 2022 et 2023, de nombreux dossiers se sont retrouvés « coincés » car le TAEG dépassait le taux d’usure, indépendamment du taux d’endettement.

Comment ces deux variables interagissent-elles ? Plus votre taux d’endettement est élevé, plus la banque sera vigilante sur le coût global du crédit, car un TAEG proche du taux d’usure réduit la marge de sécurité. À l’inverse, une assurance emprunteur très chère peut faire exploser le TAEG, ce qui oblige la banque à réduire le taux nominal ou la durée, donc potentiellement à augmenter la mensualité… et le taux d’endettement. D’où l’intérêt, pour optimiser à la fois le respect du taux d’usure et du taux d’endettement maximum, de comparer plusieurs assurances de prêt et de négocier chaque composante du financement.

Impact du reste à vivre sur l’octroi du financement immobilier

Calcul du reste à vivre minimal par composition familiale

Au-delà du seuil théorique de 35%, les banques accordent une importance cruciale au reste à vivre, c’est-à-dire au montant qui vous reste chaque mois une fois toutes vos charges de crédit payées. En pratique, chaque établissement dispose de ses propres grilles internes, mais on retrouve des ordres de grandeur similaires : environ 700 à 800€ pour une personne seule, 1 000 à 1 200€ pour un couple, augmentés de 300 à 400€ par enfant à charge. Ces seuils ne sont pas publics, mais guident de fait la décision d’octroi de crédit.

Par exemple, un couple avec deux enfants pourra se voir refuser un crédit avec un taux d’endettement de 33% si son reste à vivre descend sous les 1 600€ par mois, alors qu’un célibataire à 37% d’endettement mais conservant 2 000€ de budget disponible pourra être accepté. On comprend mieux ici que le taux d’endettement n’est qu’un indicateur parmi d’autres : c’est la combinaison entre taux d’effort, reste à vivre et stabilité des revenus qui détermine réellement votre capacité d’emprunt.

Arbitrage entre taux d’endettement et capacité résiduelle mensuelle

Pour un même taux d’endettement, l’impact sur votre quotidien peut être très différent selon votre niveau de revenu. Consacrer 1 200€ de mensualités sur un revenu de 3 000€ n’a rien à voir avec 1 200€ sur 6 000€. C’est un peu comme porter un sac de 10 kg : pour un enfant, la charge est lourde, pour un adulte sportif, elle reste supportable. C’est exactement cet arbitrage entre pourcentage et valeur absolue que les banques opèrent lorsqu’elles analysent la capacité résiduelle mensuelle.

Concrètement, si votre taux d’endettement projeté dépasse très légèrement les 35% mais que votre reste à vivre en euros est élevé, votre dossier peut entrer dans la fameuse enveloppe de flexibilité de 20%. À l’inverse, même avec un taux d’endettement « dans les clous », un reste à vivre trop faible, combiné à des charges incompressibles importantes (garde d’enfants, frais de santé récurrents), pourra conduire à un refus. D’où l’importance, pour vous, de préparer un budget prévisionnel détaillé et de pouvoir démontrer à la banque que vos charges courantes resteront maîtrisables après l’octroi du prêt.

Influence du quotient familial et des charges incompressibles

Le quotient familial, notion utilisée par l’administration fiscale, irrigue aussi indirectement l’analyse bancaire. Plus votre foyer compte de personnes à charge, plus vos besoins de dépenses courantes augmentent (logement, alimentation, transport, scolarité…). Une famille de cinq personnes avec un revenu de 4 000€ et 35% d’endettement sera donc beaucoup plus fragile qu’un couple sans enfant au même niveau de revenus et de taux d’effort. Les banques en tiennent compte, même si cela ne transparaît pas toujours explicitement dans les simulations.

Les charges incompressibles, comme une pension alimentaire à verser, un loyer résiduel en cas de double résidence temporaire, des frais de santé importants ou des frais de scolarité privés, sont autant d’éléments qui vont réduire votre reste à vivre réel. Vous avez intérêt à les documenter et à les expliquer lors de votre rendez-vous bancaire. Dans certains cas, un ajustement du projet (budget du bien, localisation, durée du crédit) permettra de retrouver un équilibre acceptable entre taux d’endettement, reste à vivre et charges contraintes.

Optimisation du dossier emprunteur face au ratio d’endettement

Apport personnel et son effet levier sur la capacité d’emprunt

L’apport personnel joue un rôle clé dans l’optimisation de votre taux d’endettement. En réduisant le montant à financer, il permet mécaniquement de diminuer la mensualité, donc le pourcentage de vos revenus consacrés au remboursement. Un apport couvrant au minimum 10% du prix du bien (frais de notaire et frais annexes) est aujourd’hui quasi indispensable pour un financement immobilier classique. Au-delà de ce seuil, chaque euro supplémentaire mis en apport est un levier pour augmenter votre budget d’achat ou améliorer la qualité de votre dossier.

Imaginons deux emprunteurs aux revenus identiques souhaitant acheter un bien à 250 000€. Le premier dispose de 25 000€ d’apport, le second de 75 000€. À taux et durée identiques, le second emprunte 50 000€ de moins, ce qui peut représenter plus de 250€ de mensualité en moins sur 25 ans. Résultat : son taux d’endettement chute, son reste à vivre grimpe et son profil devient plus attractif pour la banque. En pratique, un apport conséquent peut aussi vous permettre de négocier un meilleur taux d’intérêt, ce qui réduit encore la pression sur votre taux d’effort.

Rachat de crédits pour réduire le taux d’endettement global

Si vos crédits à la consommation ou votre ancien prêt immobilier pèsent déjà lourd dans votre budget, le rachat de crédits peut être une solution pour faire baisser votre taux d’endettement avant de lancer un nouveau projet. Le principe est simple : un établissement regroupe plusieurs emprunts en un seul, avec une durée souvent allongée, ce qui réduit la mensualité globale. À court terme, votre taux d’endettement diminue, ce qui débloque parfois l’accès à un nouveau crédit immobilier.

Attention toutefois à l’« effet trompe-l’œil » : en étalant vos dettes sur une durée plus longue, vous payez davantage d’intérêts. Le rachat de crédits doit donc être envisagé comme un outil de respiration budgétaire, pas comme une baguette magique. Avant d’accepter un tel montage, demandez toujours une simulation détaillant le coût total avant/après et vérifiez que la baisse du taux d’endettement vous permet réellement de sécuriser un projet immobilier cohérent dans la durée.

Co-emprunt et multiplication des revenus pris en compte

Emprunter à deux permet mécaniquement d’augmenter les revenus pris en compte dans le calcul du taux d’endettement. Pour un même montant de mensualités, le ratio charges/revenus diminue dès lors que l’on cumule deux salaires plutôt qu’un. C’est l’une des raisons pour lesquelles de nombreux primo-accédants choisissent de se positionner en couple sur un projet immobilier : ils mutualisent à la fois les revenus et parfois l’apport, ce qui élargit la capacité d’emprunt.

Mais le co-emprunt implique aussi une co-responsabilité intégrale : chacun est engagé sur la totalité des sommes dues, peu importe la répartition des revenus. Les banques analysent donc la stabilité professionnelle et la solidité financière des deux emprunteurs. Si l’un d’eux a une situation précaire (CDD, intérim, période d’essai), le gain de capacité d’emprunt peut être limité, car son revenu ne sera pas forcément retenu à 100% dans le calcul du taux d’endettement. Il est donc stratégique de choisir le bon moment pour déposer votre dossier, par exemple en attendant la fin d’une période d’essai ou la consolidation d’une activité indépendante.

Déclaration stratégique des revenus locatifs et fonciers

Pour les investisseurs ou les propriétaires bailleurs, la manière dont les revenus locatifs sont intégrés dans le dossier de crédit peut changer significativement le taux d’endettement affiché. La plupart des banques appliquent la « règle des 70% » : elles retiennent 70% des loyers potentiels ou perçus, les 30% restants représentant les charges, les impôts et les périodes de vacance. Certains établissements adoptent cependant une méthode dite « différentielle » pour les investisseurs aguerris, en ne retenant que le solde entre loyers et mensualité correspondante dans le calcul global.

Vous avez donc intérêt à présenter des revenus fonciers aussi sécurisés que possible : baux en cours, historique d’occupation, absence d’impayés, éventuelle gestion par une agence. Plus les loyers apparaissent stables et pérennes, plus la banque sera encline à les valoriser dans le calcul de votre capacité d’emprunt. À l’inverse, un projet misant sur des loyers très optimistes ou sur une location saisonnière non encore éprouvée pourra être fortement décoté, ce qui remontera artificiellement votre taux d’endettement.

Cas particuliers : professions libérales, TNS et investisseurs

Calcul du taux d’endettement pour les travailleurs non-salariés

Pour les travailleurs non-salariés (TNS) – artisans, commerçants, gérants de société, micro-entrepreneurs –, le calcul du taux d’endettement est souvent plus complexe que pour un salarié en CDI. Les banques ne disposent pas de bulletins de paie stables, mais d’états comptables parfois volatils d’une année sur l’autre. Elles privilégient donc une approche moyenne, en retenant les bénéfices dégagés sur plusieurs exercices, après déduction des charges professionnelles et des cotisations sociales.

En pratique, la plupart des établissements demandent au minimum deux bilans, souvent trois, pour lisser les variations et apprécier la tendance. Un TNS dont le chiffre d’affaires est en forte croissance mais récent devra souvent patienter avant de voir ses revenus pleinement pris en compte dans le calcul du taux d’endettement. Là encore, la notion de reste à vivre, la constitution d’une épargne de précaution importante et la stabilité du secteur d’activité sont des éléments déterminants pour rassurer le prêteur.

Prise en compte des bénéfices BIC et BNC sur plusieurs exercices

Selon la nature de votre activité indépendante, vos revenus sont déclarés en BIC (bénéfices industriels et commerciaux) ou en BNC (bénéfices non commerciaux). Pour évaluer vos ressources, la banque étudie généralement vos liasses fiscales et vos avis d’imposition sur les 2 ou 3 dernières années. Elle peut retenir la moyenne des bénéfices, voire un montant plus prudent si une année atypiquement élevée semble non reproductible. Cette prudence vise à éviter qu’un pic de revenus ponctuel ne vienne gonfler artificiellement votre capacité de remboursement.

Pour optimiser votre dossier en tant que professionnel libéral ou TNS, l’idéal est de préparer un dossier financier clair : bilans, comptes de résultat, tableaux d’amortissement, prévisionnel d’activité le cas échéant. Plus vos justificatifs montrent une activité régulière et rentable, plus la banque acceptera de retenir vos revenus à un niveau élevé dans le calcul du taux d’endettement. Dans certains cas, il peut être judicieux d’attendre la clôture d’un exercice particulièrement bon avant de déposer votre demande de crédit immobilier.

Investissement locatif : méthode des 70% de loyers potentiels

Pour un investissement locatif, le calcul du taux d’endettement est adapté afin d’intégrer les loyers attendus. La règle la plus répandue consiste à prendre en compte 70% des loyers potentiels mentionnés dans l’étude de marché ou dans une estimation locative. Par exemple, pour un bien pouvant se louer 1 000€ par mois, 700€ seront ajoutés à vos revenus dans le calcul, les 300€ restant représentant les charges, les taxes et un matelas pour couvrir les vacances locatives et les imprévus.

Certains établissements, plus orientés vers l’investissement, vont plus loin et appliquent un calcul différentiel : ils comparent la mensualité du prêt locatif aux loyers attendus et ne retiennent dans les charges que la différence éventuelle. Si le loyer couvre intégralement la mensualité, le projet impacte peu votre taux d’endettement global. Cette méthode, plus favorable, est toutefois réservée à des profils expérimentés et à des biens présentant une rentabilité locative solide. Pour vous, l’enjeu est donc de construire un dossier d’investissement documenté, avec des hypothèses de loyers réalistes et un plan de gestion crédible.

Alternatives au crédit bancaire classique en cas de dépassement

Prêt hypothécaire et nantissement pour contourner les limites HCSF

Lorsque le taux d’endettement dépasse nettement les 35% et que les banques refusent un prêt immobilier classique, certaines solutions patrimoniales peuvent être envisagées. Le prêt hypothécaire, accordé en contrepartie d’une hypothèque sur un bien déjà détenu (résidence principale ou secondaire, bien locatif), permet parfois d’emprunter malgré un ratio d’endettement élevé, car la banque se repose davantage sur la valeur du patrimoine que sur les seuls revenus. Ce type de montage reste toutefois réservé à des profils disposant d’un actif immobilier significatif et supporte des frais de garantie spécifiques.

Le nantissement d’un contrat d’assurance-vie, d’un portefeuille titres ou d’une épargne importante est une autre voie possible. Dans ce cas, l’établissement prêteur prend une sûreté sur votre capital financier, ce qui réduit son risque de perte en cas de défaut. Ces montages restent néanmoins encadrés par les recommandations du HCSF et ne constituent pas une totale « échappatoire » aux règles de taux d’endettement. Ils peuvent cependant faciliter l’obtention du crédit ou améliorer les conditions proposées lorsque le dossier est à la limite des critères habituels.

Crédit-bail immobilier et location-accession PSLA

Le crédit-bail immobilier et la location-accession (notamment via le dispositif PSLA) représentent des alternatives intéressantes pour contourner partiellement les contraintes de financement classiques, en particulier pour les ménages modestes ou ceux dont le taux d’endettement est déjà proche du maximum. Dans un schéma de crédit-bail, une société spécialisée achète le bien et vous le loue avec option d’achat à terme. Vos loyers sont assimilés à des charges d’exploitation (pour une entreprise) ou à un loyer évolutif, et non à une mensualité de crédit immobilier classique.

La location-accession sociale (PSLA) s’adresse davantage aux particuliers, avec un parcours en deux temps : une phase locative, durant laquelle vous versez une redevance comprenant une part « locative » et une part « acquisitive », puis une phase d’accession où vous levez l’option pour devenir propriétaire. Les plafonds de ressources, les prix maîtrisés et la TVA réduite rendent ces dispositifs attractifs, d’autant qu’ils sont souvent mieux tolérés par les banques en termes de taux d’endettement, grâce à des mensualités initiales plus faibles et à un accompagnement par des organismes agréés.

Financement participatif immobilier et plateformes de crowdfunding

Enfin, pour certains projets spécifiques, le financement participatif immobilier via des plateformes de crowdfunding peut constituer une alternative ou un complément au crédit bancaire traditionnel. Dans ce modèle, ce n’est plus vous qui empruntez directement, mais un promoteur ou une société de projet qui lève des fonds auprès de nombreux investisseurs en échange d’une rémunération. Vous pouvez ainsi participer à des opérations immobilières sans recourir à un crédit personnel, ce qui n’impacte pas votre taux d’endettement.

À l’inverse, si vous êtes porteur de projet professionnel (promotion, marchand de biens, rénovation-revente), certaines plateformes peuvent financer une partie des besoins en fonds propres via des obligations ou des titres participatifs, en parallèle d’un crédit bancaire. Ces solutions restent toutefois réservées à des profils avertis et présentent un niveau de risque plus élevé. Elles ne remplacent pas, pour un particulier souhaitant acheter sa résidence principale, le financement classique soumis aux règles de taux d’endettement, mais illustrent la diversité des moyens de financement existants lorsque les critères bancaires deviennent trop contraignants.